Généalogie Algérie Maroc Tunisie - N° 31 - 3e trimestre 1990

« Le Pilon de Saint Andéol »

par louis LAVILLE (adhérent n° 176)

 

 

Comment ST ANDEOL et le coup d'Etat du 2 Décembre 1851 furent les artisans de la rencontre en ALGERIE de deux de mes bisaïeux : Pierre Charles LAURENT et Jeanne Guillemette SABATIE.

 

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Le premier avait un père, Mathieu ANDEOL né en 1780, qui possédait le domaine du Radelier, au bord du Rhône, près de Pierrelatte, en face de BOURG SAINT ANDEOL.

Celui de la seconde, Jean, né en 1792, était un ancien sergent de l'Armée de Napoléon 1er, blessé grièvement à la Bataille de LIGNY en 1815, ce qui lui valut d'être proposé pour la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Réformé, il s'était ensuite installé à AUCH (Gers) son pays natal, en tant que négociant en laine.

1. Sur la propriété du Radelier, Mathieu ANDEOL exploitait, étant batelier lui-même, un relais pour chevaux qui servaient à haler les péniches remontant le Rhône. Ce relais était important. Il comprenait des écuries pouvant accueillir 60 à 80 chevaux et un corps de bâtiment pouvant héberger et restaurer les bateliers.

Ses affaires marchèrent bien jusqu'au jour où il chargea l'un de ses employés d'utiliser pour pilier d'un hangar qui abritait une auge pour les chevaux, les restes d'un monument en très mauvais état, la Révolution de 1789 étant passée par là. On appelait ce monument vulgairement: « Le Pilon de Saint Andéol ».

Ce saint, martyrisé sur ce Pilon au IIème siècle après J.C., donna son nom au bourg qui se trouve en face de Pierrelatte, sur l'autre rive. On y célébrait sa fête le 1er mai, par des courses de péniches  ou de barques sur le Rhône. Mon trisaïeul les remportait fréquemment. Il avait une manière bien à lui de piloter son bateau qu'il appelait « faire sa valse » sur le fleuve tumultueux qui l'avait rendu célèbre dans la région. Il avait gagné de nombreux trophées et avait également remporté plusieurs médailles à la suite du sauvetage d'hommes ou de bateaux qui se trouvaient en difficulté sur le fleuve. Aussi était-il considéré par ses concitoyens comme étant un homme courageux.

Ce saint dont il portait le nom se manifesta alors que les bateliers (ou mariniers) conduisaient leurs chevaux pour les abreuver à l'auge en question. Les chevaux refusèrent de s'y approcher en reculant et piaffant de frayeur. Les bateliers furent obligés de les conduire s'abreuver au Rhône. Mathieu ANDEOL, furieux (républicain convaincu et anti-clérical mais aussi « bon vivant »), fit alors détruire ce Pilon et commanda qu'on le scia en deux parties dans sa longueur, pour en faire les chambranles de la porte des latrines du jardin. Si l'on en croit le procès-verbal établi par les gendarmes en 1860 et contenant la déposition faite par l'ouvrier chargé de ce travail en 1829 par mon trisaïeul : « ce Pilon devint semblable à de la chair qui sue des gouttelettes de sang comme lorsque l'on s'écorche et qu'on s'enlève la peau ».

Si vous allez un jour dans l'église de Bourg Saint Andéol, vous trouverez ce Pilon reconstitué, éclairé par des projecteurs, au fond et à droite du chœur de l'église. A proximité, un écriteau raconte l'histoire de ce saint ainsi que les péripéties qui accompagnèrent la récupération du Pilon, d'abord par le propriétaire du Radelier, puis par le Clergé de Bourg Saint Andéol. Il mentionne en conclusion : « le comportement du propriétaire du Radelier ne lui porta pas bonheur car il fut mis en faillite et sa propriété vendue aux enchères publiques en 1860 ». Je pense plutôt que ses mauvaises affaires sont les conséquences d'un débordement du fleuve qui ravagea en partie sa propriété et de la concurrence des bateaux à vapeur qui depuis 1840 remplacèrent progressivement les chevaux pour le halage des péniches.

Le fils de Mathieu ANDEOL, mon arrière Grand-Père Pierre Charles, s'engagea dans l'Infanterie en 1843. Il fit campagne en Algérie puis fut détaché au pénitencier militaire de DOUERA en tant que sergent major. Dans ce village, créé en ces lieux en 1841, il fit la connaissance d'une jeune demoiselle, fille d'un déporté politique qui s'y trouvait en résidence surveillée. Il l'épousa en 1860.

2. Jean, le Père de ma Bisaïeule, ancien sergent de l'armée de Napoléon 1er, avait été couché sur le testament de l'Empereur comme tous les blessés des batailles de LIGNY et WATERLOO. Mais, il mourut avant de recevoir les 400 Francs qui lui revenaient après la liquidation de cet héritage, cette liquidation ne s'étant définitivement réalisée qu'après sa mort, en Algérie.

Au moment du Coup d'Etat de Louis Napoléon, il avait participé à AUCH, avec quelques milliers de personnes, aux manifestations qui marquèrent dans cette ville l'hostilité à la prise de pouvoir du neveu de Napoléon 1er. Il fut arrêté sur dénonciation, comme tant d'autres en France, et jeté dans une geôle de la ville. Il y écrivit de nombreuses lettres au Prince Président ainsi qu'à plusieurs personnalités, tant civiles que militaires, essayant de prouver sa bonne foi, arguant de ses services rendus sous le règne de Napoléon 1er et de ses charges de famille, pour qu'on lui accorda la clémence du Prince-Président. (Ces lettres sont entrées en ma possession par l'intermédiaire des recherches bénévoles de l'un de nos membres habitant Auch et auquel j'adresse encore un grand merci).

Déporté en Algérie où sa famille le rejoignit, dont mon arrière Grand-Mère, future épouse du fils de l'original Mathieu Andéol, Jean obtint par la suite la grâce de l'Empereur Napoléon III. Mais malgré son désir, il ne put retourner en France. Il décéda en 1855 à Alger, très diminué par les maladies résultant de sa blessure et de ses séjours en prison.

3. Le sergent major, médaillé militaire, et la fille de Jean se marièrent en 1860 devant le Maire de DOUERA qui n'était autre que le célèbre Colonel MARENGO.

Ils eurent deux filles qui devinrent institutrices dont l'une, Marie née en 1864, fut ma Grand-Mère paternelle. Elle eut avec mon Grand-Père Louis LAVILLE pas moins de neuf enfants qui naquirent dans les différentes écoles qu'elle inaugura pour la plupart et où elle exerça entre 1886 et 1915 : BORDJ MENAIEL, l'ALMA, HOCHE, ISSERBOURG (lieu de naissance de mon Père), MUSTAPHA, CAP MATIFOU, LES ISSERS, HARDY, VIALAR et enfin MAISON CARREE, dernière localité où je devait naître (dans la chambre de mes Grands-Parents). Mais cela est une autre histoire !

 

Louis LAVILLE (adh. 176)

 

NOTA : Tous ces renseignements proviennent de l'histoire orale de ma famille confirmée par ce  fameux procès-verbal de gendarmerie sur le Pilon de Saint Andéol. du contrat de mariage de mes Grands-Parents, ainsi que d'extraits du livre du docteur FRANCUS « Voyage à dos d'âne en Ardèche », mais aussi de documents obtenus ou découverts aux archives d'Q.M. d'Aix-en-Provence, aux archives militaires de Vincennes et aux archives départementales d'Auch.