Généalogie Algérie Maroc Tunisie - Juin 2009 - N° 106

La Banque de l'Algérie

Scandales bancaires


Par Madiana Delaye-Lastrajoli

Ils ont toujours existé ... comme en témoigne cet article sur notre principale banque en Algérie.



Siège de la Banque d'Algérie à Alger


En mars 1892, un rapport de M. Henry Garrot expédié de Philippeville au Président du Sénat, Jules Grévy, et aux membres de la commission d'étude des questions algériennes, dénonce un vrai scandale quand il publie dans un opuscule « les cahiers algériens », la lettre ci-dessous :

         « Monsieur le Président,
         Messieurs les Sénateurs,
   En prenant la liberté de vous dédier cet ouvrage, je joins respectueusement ma voix à celle de tous les algériens, pour vous remercier de l'intérêt que vous portez à notre pays, et vous exprime toute notre reconnaissance pour les travaux nombreux auxquels vous vous livrez, dans le but d'améliorer notre sort.
   Ce travail n'a d'autre mérite que celui de la sincérité et de l'exactitude ; j'ose espérer qu'il attirera votre attention sur la Banque de l'Algérie signalée tout spécialement à vos investigations, et que votre enquête aura pour conséquence de mettre un terme aux déprédations que cet établissement commet tous les jours, à l'abri du privilège dont il ose demander le renouvellement ».


   Et M. Garot s'explique dans la préface de son ouvrage :

«    Lorsque le mois dernier, je faisais part à quelques amis de la campagne que j'allais entreprendre, moi chétif et isolé, contre la Banque de l'Algérie, cette puissance, cette souveraine, qui distribue les deniers ou les retire à sa fantaisie ; qui fait nommer maires, conseillers généraux, sénateurs et députés ; qui, comble de ses largesses ses favoris, les forts, et ruine à son gré les autres, les petits et les faibles, tous m'ont serré la main, m'approuvant dans cette tâche au but salutaire et patriotique.
   Je sentais que la manifestation de leurs sympathies était sincère.
   Mais presque tous m'ont montré le danger de me heurter à la Banque, qui disposait, disaient-ils, de la force en Algérie - qui obtenait ce qui lui plaisait des pouvoirs publics, absolument à sa merci - et qui brisait avec leur aide, et par sa volonté, tout ce qui ne lui était pas favorable.
   On me montrait le désert que j'allais créer autour de moi, on me faisait entrevoir mon présent compromis, mon avenir brisé :
La banque vous tuera, disait-on, comme tant d'autres. Elle vous calomniera : elle l'a déja fait !
   Vous ne trouverez pas à assurer à vos enfants le pain de chaque jour, parce que la Banque, qui est partout en Algérie, usera de toute l'influence que lui procure la répartition du crédit, pour vous empêcher de trouver du travail. Déjà, ajoutait-on, ceux de vos amis qui vous saluent dans la rue sont mal notés, et se ressentent en présentant leurs bordereaux d'effets à l'escompte, de la sympathie qu'on leur suppose à votre égard.
    Je n'ai pas voulu écouter ces avis, qui pourtant partaient de cœurs dévoués! qui me venaient d'amitiés ....


(Suite à lire dans notre revue)