Généalogie Algérie Maroc Tunisie décembre 2006 - N° 96

Du chocolat pour les troupes ?

Pourquoi ne pas remplacer la ration de viande insuffisante par cinquante grammes de chocolat... ?


Ministère de la Guerre
Direction de l'administration
Division des subsistances, hôpitaux et transports
Bureau des subsistances


à Monsieur le Maréchal Vallée

Gouverneur général de l'Algérie

Alger

Paris, le 4 septembre 1840

Envoi de chocolats à Alger et Oran

Monsieur le Maréchal,

Les corps d'expédition en Algérie sont souvent exposés à manquer de viande, soit parce que les contrées qu'ils parcourent sont dénuées de ressources en ce genre, soit parce que les parcs n'ont pas pu suivre les colonnes dans leurs mouvements.
Il m 'a été représenté qu'en pareille circonstance la ration de viande pourrait être remplacée par cinquante grammes de chocolat.
Il est certain qu'il est peu de substance qui, sous un faible volume, contienne autant de parties nutritives que le chocolat, et qui à ce titre puisse être distribué aux troupes avec plus d'avantage lorsque, privées de viande, elles seraient réduites à se nourrir de pain ou de biscuit.
Il est en outre à remarquer que le chocolat doit être encore une ressource fort utile dans d'autres circonstances ; car la viande, le riz, les légumes ont besoin d'être cuits et le temps peut souvent manquer pour le faire, tandis que, sans aucune préparation, le chocolat procurera aux troupes un aliment tout à la fois sain, substantiel et agréable.
Je n'ai donc pas balancé à adopter l'idée qui m'a été présentée d'employer ce système d'alimentation pour suppléer, au besoin, la distribution de la viande, et j'ai en conséquence chargé Monsieur l'intendant de la 8e division de faire confectionner à Marseille douze cents kilogrammes de chocolat qui seront expédiés immédiatement : à Alger : 200 kg, à Oran : 1 000 kg = quantité égale à 1200 kg.
Le chocolat sera fabriqué à la manutention des vivres de la guerre à Marseille par un habile ouvrier chocolatier, d'après la formule ci-après, qui m'a été signalée comme devant produire un chocolat agréable et très nourrissant :
Cacao Maragnan: 2 250/10 000, Cacao des îles: 2 250/10 000, Sucre Bourbon étuvé : 4 500/10 000, fleur de farine ou fécule de pomme de terre également étuvée : 1 000/10 000, soit 10 000/10 000.
Ce chocolat sera, d'ailleurs, aromatisé avec de la cannelle afin d'en rendre la digestion plus facile. Chaque kilogramme sera divisé en bâton de 50 grammes enveloppé d'une feuille d'étain ou de plomb, et le tout, bien empaqueté, sera mis dans des caisses de vingt cinq kilogrammes chaque.
Pour obtenir les résultats que doivent produire des distributions de chocolat, il convient que cette ressource ne soit pas exposée à être consommée sans nécessité par le soldat qui, peu soigneux de sa nature, conserverait difficilement, pour le moment du besoin, un aliment aussi appétissant qu'on lui aurait délivré d'avance. D'ailleurs en raison du peu de volume et de pesanteur d'une quantité de chocolat représentant un assez grand nombre de rations, on pourrait, sans doute, en faire transporter à la suite des colonnes, de manière à être ainsi constamment à même de n'en distribuer que dans les circonstances prévues et pour le nombre d'hommes ainsi que pour le temps nécessaires.
Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de prescrire à ce sujet telle disposition que vous jugerez convenable, et d'en informer M. l'Intendant de l'armée, afin qu'il puisse, de son côté, donner des ordres et instructions pour leur exécution en ce qui concerne l'administration.
Je vous serais obligé de vouloir bien me faire connaître les mesures que vous aurez ordonnées.
Recevez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma très haute considération.
Le pair de France, Ministre Secrétaire d'Etat à la guerre.


Signé: "illisible"

Transmis par Renée Lignez, adh. 1743

Source : SHAN, Vincennes