| Tragédie maritime Terrible évènement entre Majorque et Minorque
Le 10 janvier 1942, le quotidien Marseille Matin titrait à la une la dramatique nouvelle. Le Lamoricière, de la Cie générale transatlantique, bien connu des Algérois, assurait depuis de longues années le service maritime entre la France et l'Afrique du Nord. C'était un vapeur de 1979 tonnes, déjà ancien mais en parfait état de navigabilité, chauffant d'ordinaire au mazout mais que la pénurie de ce combustible, du fait de la guerre et de l'occupation, avait obligé à se reconvertir pour fonctionner au charbon. Le paquebot avait appareillé d'Alger pour Marseille le mardi 6 janvier, à 17 heures. A son bord, sous les ordres du commandant Milliasseau, 132 hommes d'équipage, dont 11 d'état-major, et 272 passagers, dont 88 militaires allant en permission en métropole, et 17 enfants de quatre à quatorze ans, du centre Guynemer, retournant dans leur famille après qu'ils eurent été accueillis, fuyant la guerre, deux ans durant, par des familles de l'Algérois. Dans la nuit du 6 au 7, la tempête de nord-est qui souffle avec violence sur le golfe du Lion retarde sa marche et la mauvaise qualité du charbon diminue sa puissance. Mercredi 7, en fin de matinée, entre Majorque et Minorque, d'inquiétants indices se révèlent : le bateau prend de la gîte, de l'eau entre dans les cales et la soute à charbon. Toute la nuit, les passagers, bien que malmenés, aident l'équipage à transborder les cageots de primeurs, les pompes tentent d'étaler les voies d'eau. Jeudi 8, à 0 h 54, le radio Jean Lejean capte un S.O.S., tragique appel, provenant du Jumièges, un cargo de la Cie Worms, en grande difficulté dans les parages de l'île Minorque, pas trop éloigné de la position du Lamoricière. Le commandant Milliasseau estime que son navire, malgré ses difficultés, se doit de sauver, s'il se peut, des vies humaines en péril et met le cap sur le Jumièges. Mais, arrivé sur le lieu présumé, le cargo a disparu, englouti dans les flots avec 20 hommes d'équipage. Ces heures passées, la vaine recherche des naufragés ont peut-être fixé le tragique destin du Lamoricière. L'ouragan augmente sans cesse de violence, la pression baisse, l'eau envahit progressivement la chaufferie, les feux s'éteignent. Aussi, le vendredi 9, vers 1 heure, le navire à la dérive sur une mer déchaînée lance à son tour le fatidique S.O.S. qui sera capté par le Gouverneur-Général Chanzy et le G.G. de Gueydon, tous deux de la C.G.T., l'aviso Impétueuse, de la Marine nationale, le remorqueur de haute mer L’Obstiné, de la Cie Chambon, de Marseille. Le Gueydon, le premier sur les lieux, ne parvient pas à prendre la remorque. L'ordre d'évacuer est donné par le commandant. Des canots, quand ils peuvent être mis à la mer, chavirent les uns après les autres et sont rapidement engloutis, les marins se distinguent par leur héroïsme, bien souvent au prix de leur vie, pour sauver les rares rescapés. A 12 h 40, le Lamoricière sombre à 7 milles au nord de Minorque. Le Gueydon a pu récupérer 55 personnes et, à cours de charbon, rallie Barcelone. Le Chanzy en sauve 25 et rentre à Marseille ; L'Obstiné, arrivé à 16 h, ne peut sauver que 13 naufragés réfugiés sur un radeau qui seront hissés sur L'Impétueuse arrivé à toute vitesse. Ce désastre, douloureusement ressenti à Alger comme à Marseille, aura fait 299 victimes, dont 80 membres d'équipage, à la tête desquels le commandant Milliasseau, resté à bord, et le chef mécanicien. Lourd bilan : sur les 272 passagers, 53 survivants seulement dont deux enfants du centre Guynemer, auront été recueillis. Vous trouverez dans la revue, à la suite de cet article, le récit de Mlle Beaujan, rescapée, et la liste des disparus et des rescapés.
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