Généalogie Algérie Maroc Tunisie – 3e trimestre 2005 – N° 91
Le Mémorial national de la France outre-mer
(M.O.M.) (1)
par Jean-Jacques Jordi
Le temps est venu sans doute d'évoquer l'histoire et la mémoire de ces personnes qui, tout au long des XIXe et XXe siècles, ont vécu, espéré, réussi, échoué en ces terres parfois lointaines que l'on a regroupées sous le terme d'Empire et d'Outre-mer.
Ces deux notions sont intiment liées à des épopées en des temps différents. Elles sont souvent synonymes de terres de conquête, de guerres et de résistances, de sacrifices, d'erreurs parfois, mais aussi, il convient de ne point l'oublier, d'échanges, de développements techniques, économiques, médicaux… Puis, avec le mouvement de décolonisation, l'outre-mer est devenu synonyme de déchirements, de déracinements, d'incompréhensions, de regrets et de blessures non refermées, mais aussi d'espérances, de libération et d'indépendances dans l'amitié de la France, le plus souvent.
C'est dire si le sujet est difficile et complexe.
Retracer l'histoire de l'outre-mer, c'est évoquer non seulement les mers et les marins mais aussi les terres d'enracinement et de déracinement. L'outre-mer, c'est aussi et surtout une histoire de terriens. Toute cette histoire ne se comprend que si l'on a bien pris en compte l'histoire de ces «transplantés». De fait, l'outre-mer devient une aventure culturelle unique, complexe, alimentée des confrontations identitaires, et qui se renforce aujourd'hui des sentiments d'exil en France. Superposition de cultures divergentes, de visions du monde différentes, amenées par le fait colonial à se côtoyer, l'outre-mer est cette histoire de l'expansion occidentale, comme affirmation de sa puissance et donne lieu à un phénomène historique qui peut désormais se lire, se comprendre et «être donné à voir». Les conquêtes coloniales, loin d'être des «aventures lointaines», deviennent peu à peu un des ciments de la société française. Elles renforcent, légitiment et alimentent les gouvernements français dans une dynamique propre. Car, s'il n'y a pas de destin propre à la France en matière d'expansion coloniale - la plupart des pays européens se lancent dans cette même aventure au XIXe siècle - une véritable culture coloniale populaire émerge et s'impose par l'école, l'armée, la médecine, les sciences, la géographie, dont l'Exposition coloniale de 1931 à Paris est l'archétype…
Trente ans plus tard, le balancier semble s'inverser et, surtout depuis 1962, tout ce qui peut rappeler cette culture coloniale, cette présence française, est rejeté dans l'oubli, honni, parfois haï, et tabou ! La colonisation qui avait droit de cité dans l'histoire de France des années 1930 n'a désormais plus sa place !
Quels objectifs ?
La pertinence d'un Mémorial dédié à l'évocation de la présence française outre-mer se situe précisément dans cette volonté de réactivation permanente mais critique d'une histoire collective plus vivante que jamais en cette première décennie du troisième millénaire.
Ce mémorial, conçu avec la volonté d'aller de l'avant, est un lieu de mémoire et d'histoire tourné vers les jeunes générations sans pour autant oublier les mémoires et les histoires des rapatriements.
Lieu d'échanges, de dialogues, de rencontres, le mémorial permettra, de (re)construire à partir de cette histoire, de ces mémoires, si longtemps enfouies, oubliées, biaisées, un avenir de connaissances, de compréhension, de reconnaissance mutuelle, ferments indispensables d'une paix intelligente entre les peuples et les communautés.
L'objectif principal du mémorial sera de fournir à chaque visiteur des points de repère, des éléments de compréhension et de référence par une vaste synthèse historique, géographique, culturelle, économique des pays où la France a été présente dans les limites chronologiques de l'histoire contemporaine, c'est-à-dire des XIXe et XXe siècles.
Marseille qui réunit, c'est Marseille qui réussit, est le leitmotiv de la ville de Marseille et de son maire. Le mémorial ne pouvait s'installer qu'à Marseille, ville ayant une dimension d'éducation et de civisme en rapport avec l'ensemble des communautés qui y sont installées. Soulignons que, pour la première fois dans le monde, un pays et une ville osent porter un regard serein de connaissances et de compréhension sur le double phénomène de la colonisation et de la décolonisation.
Le Mémorial national de la France outre-mer doit être ce lieu de rencontres, de connaissances et de compréhensions mutuelles. Dans cette perspective, l'appellation de cet établissement doit rester le plus neutre possible sans toutefois laisser de côté sa force dynamique. Son nom doit être à même de faire comprendre quatre notions principales :
u Il s'agit d'un Mémorial, où le rapport entre histoire et mémoires (au pluriel) est constamment confronté,
u il est national : un renvoi, non seulement à la France, mais aussi à l'idée de nation (comment se construit une nation, une identité…),
u de la France : c'est bien la présence française outre-mer dans toutes ses dimensions, humaines, économiques, culturelles, qui est présentée,
u l'Outre-mer : une notion développée surtout aux XIXe et XXe siècles, c'est-à-dire dans la période que nous nous sommes donnée pour traiter de ce sujet difficile. Elle correspond aux espaces que nous donnerons à voir, à comprendre, à connaître pour tous ceux qui y sont passés : Français, mais aussi pour tous ceux qui en sont originaires et qui vivent à Marseille. La rencontre n'est possible que dans une vision dynamique et prospective.
Historique
En 1983, la création d'un mémorial consacré à la France outre-mer est envisagée par le gouvernement de l'époque en concertation avec les associations de rapatriés. Peu de temps après, le maire de Marseille propose que cet établissement soit érigé dans la cité phocéenne. En 1990, Marseille est officiellement choisie par le gouvernement pour abriter le Mémorial de la France d’outre-mer. Durant une dizaine d'années, les diverses rencontres et réunions n'ont pu faire aboutir ce projet sans cesse remis en question.
Conscient de l'intérêt d'un tel projet, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, prend la décision en 2000 de lancer la création d'un mémorial d'outre-mer dans sa ville. Il fait adopter l'idée par le conseil municipal, constitue un conseil scientifique et lance un concours d'architecte. Le travail entrepris par le conseil scientifique et les équipes municipales aboutissent en 2002 à la conception d'un projet architectural et scientifique cohérent. Marseille construira donc le mémorial d’outre-mer au parc Chanot.
A la demande du président de la République, M. Jacques Chirac, le premier ministre annonce que l'Etat participera à la construction du mémorial, qui aura désormais un caractère national. Le travail entrepris entre l'équipe municipale et la Mission interministérielle aux rapatriés aboutit à l'élaboration d'une convention signée en février 2004.
Le 6 septembre 2004, la première réunion du comité de pilotage ville-Etat valide les grands principes architecturaux, muséographiques, scientifiques, culturels et pédagogiques du Mémorial national de la France outre-mer (M.O.M.), et approuve la future création du mémorial en établissement public de coopération culturelle (EPCC).
Il sera donc situé à Marseille, 28-32, boulevard Rabatau, dans le 8e arrondissement, près du parc Chanot, à deux pas de la station de métro Rond-point du Prado, proche des autoroutes Est, Nord et Littoral.
Son ouverture est prévue début 2007.
Quelques dates
1983 : L'idée de la création d'un mémorial de la France d’outre-mer est lancée.
1986 : Le maire de Marseille propose le site du fort Saint-Jean pour abriter le mémorial.
1987 : Création par arrêté d'un comité national de la France d'outre-mer chargé de rendre un hommage solennel à l'œuvre de la France dans ses anciens territoires ainsi qu'à l'histoire et à l'action des Français d'outre-mer.
1990 : Le délégué aux Rapatriés confirme la création d'un mémorial de la France d'outre-mer au fort Saint-Jean à Marseille. Il ne sera pas donné suite à ce projet.
Juin 2000 : M. Jean-Claude Gaudin prend la décision de construire le mémorial dans sa ville : validation au conseil municipal et lancement d'un concours d'architecte pour la réalisation du projet.
Avril 2001 : Un conseil scientifique composé d'historiens (professeurs d'université et directeurs de recherches, de conservateurs, de directeurs d'Archives, etc.) est créé.
Juin 2002 : Jean-Pierre Lott est lauréat du concours d'architecte.
Septembre 2002 : Le directeur du futur mémorial est nommé et chargé d'une mission de préfiguration.
Novembre 2002 : L'Etat propose au maire de Marseille de donner une dimension nationale au projet.
Août 2003 : Le premier ministre décide que l'Etat apportera sa participation au financement du mémorial.
Février 2004 : Une convention est signée entre la ville et l'Etat pour la création de l'établissement : la ville de Marseille assure la maîtrise d'ouvrage.
Avril 2004 : Un nouveau conseil scientifique intégrant des personnalités choisies par l'Etat est installé. Des membres du Haut conseil des rapatriés participent aux travaux du comité.
6 septembre 2004 : La première réunion ville-Etat du comité de pilotage, officiellement installé par le ministre délégué aux Anciens combattants et le maire de Marseille, consacre la dénomination de Mémorial national de la France outre-mer (M.O.M.). Elle conclut à la validation de l'avant-projet sommaire (APS), du projet scientifique et culturel et de la création du Mémorial en établissement public de coopération culturelle (EPCC).
Concrètement,
qu'y trouverons-nous ?
- Une galerie de références,
- des activités scientifiques,
- des activités culturelles et éducatives. n
N.D.L.R. - Dans une prochaine revue, nous vous donnerons plus de détails sur les activités du M.O.M.
Contacts
Jean-Jacques Jordi, directeur
Marianne Sourrieu,
Laurence Vincent-Boffredo, chargées
de mission
Claudie CristofarI, administration
___
Tél. : 04 91
55 95 10
Fax : 04 91 55 95 11
Courriel : memorial-outremer@mairie-marseille.fr