Généalogie Algérie Maroc Tunisie - N° 84 - 4e trimestre 2003

Procida, « au son des trompettes »

La procession du vendredi saint

par Domenico Ambrosino

 

(traduction libre de Madiana Delaye-Lastrajoli)

 

Ce sont des franco-procidains émigrés à Mers-el-Kébir, en Algérie, et qui se sont retrouvés ensuite à La Ciotat (près de Marseille) qui porteront sur leurs épaules cette année à Procida, la pesante statue en bois du Christ Mort, suivant la traditionnelle « Procession des Mystères » le jour du vendredi saint.

Ces émigrants ont maintenu vivantes leurs racines par leur fidélité à San Michele, patron de l'île, en fondant une confrérie, les "Turchini", qui organisent la Procession.

Cette année, ces "Mystères" comporteront 40 tableaux iconographiques racontant les épisodes de la vie et de la mort du Christ. Ils seront moins nombreux que les années précédentes, mais « le désir de participation des jeunes ne diminue pas. C'est seulement la difficulté de trouver des locaux adaptés pour la construction des mystères qui en est la cause » (Gérard Scotto di Perta, prieur des "Turchini").

En effet de nombreux palais du 18ème dans le centre historique, où habituellement les tableaux sont préparés, ferment de plus en plus, et les jeunes gens ne savent plus à quel saint se vouer…

« Heureusement qu'il nous a été permis d'occuper d'autres locaux de l'ex-maison d'arrêt à Terra Murata » dit Angelo Gaudino, étudiant à l'école navale.

Mais néanmoins, le parcours de la procession sera le même que l'an passé. A 7 heures, à Terra Murata, l'appel sera fait par Giosué de Rubertis. Puis, le cortège se déroulera par la via San Rocco, Marcello Scotti, San Giacomo, Vittorio Emanuele, Marina Grande, et reviendra vers Terra Murata par la via Principe d'Umberto.

L'émotion accompagnant le cortège est accentuée par le son des trompettes en un déchirant cri de mort, et par les sept marches funèbres exécutées par l'orchestre de la ville de Procida : la Ione, la Marche funèbre de Chopin, la Larme, le Déchirement, Cher Souvenir, Triste Cortège, Dernier Jour. Le soir, le Christ parcourra de nouveau les rues de l'île par la via Crucis, et rentrera dans l'église des "Turchini".

Le lendemain, la procession des apôtres sera organisée par la confrérie des Bianchi. Cette année, le cortège des Pénitents partira à 18 h 30 de l'église San Antonio da Padova pour s'arrêter dans d'autres églises suivant l'itinéraire : San Giacomo, SS Annunziata, Santa Maria delle Grazie, San Leonardo, le Crucifix des Pêcheurs, et la Pieta a Marina Grande.

 

Vous le saviez mais, en deux mots…

… l’île de Procida, qui résulte de l’activité de sept volcans, s’étend sur quatre km2 et possède seize km de côtes. Avec Vivara, reliée à Procida par un pont, et Ischia, c’est le prolongement d’origine volcanique des Champs Phlégréens ou Brûlants.

La majeure partie de ses 11 000 habitants se consacrent à la navigation, depuis qu’au début du XVIIIe s., avec leurs tartanes, ils transportaient huile, bois et charbon vers Naples. 

C’est à cette époque qu’est né l’Institut nautique. Sans doute faut-il y voir les raisons qui ont conduit à développer ici l’art de la maquette navale tandis que les les femmes s’adonnaient à celui de la dentelle.

L’île possède trois ports : le Grand port, commercial, au nord, accueille les bateaux venant de Naples, Pozzuoli et Ischia ;  à l’est, Corricella, le village de pêcheurs ; au sud, Chiaiolella, surplombé par l’ancien Cenobio (monastère) bénédictin de Santa Margherita, et siège d’un petit port touristique bien équipé.

Procida est un centre de pêche, balnéaire et agricole. On y cultive la vigne qui permet la production d’excellents vins. Plantations d’orangers et citronniers.

A.S