Généalogie Algérie Maroc Tunisie – 4e trimestre 2005 – N° 92
Le musée Savorgnan de Brazza à Alger
par Madiana Delaye-Lastrajoli
Mme de Brazza et ses enfants restèrent en Algérie où ils vécurent dans une belle maison sur les hauteurs d'Alger. Celle-ci, entourée d'un jardin, était située près du Bois de Boulogne, au n° 56, avenue Foureau-Lamy. Elle comprenait quatre étages.
Sur l'initiative du général de Chambrun, père de Mme de Brazza, la famille fit don, plus tard, de cette demeure au gouverneur général de l'Algérie, à condition que celui-ci en fasse un musée regroupant les souvenirs du grand homme. Ce musée fut inauguré en 1952 pour le centenaire de sa naissance et son fils Charles en fut naturellement le conservateur. Voici ce qu’on pouvait y voir.
Au sous-sol
Dans une grande salle étaient rassemblés tous les souvenirs se rapportant aux explorations. Les murs de la pièce étaient décorés par son fils, le peintre Charles de Brazza, et représentaient la forêt tropicale, ses clairières, ses rivières avec leurs chutes.
Dans cette salle étaient exposées :
- la tente de Brazza
- son lit de camp avec moustiquaire
- ses instruments d'astronomie et de topographie : sextant, boussole, podomètre
- quelques carnets de notes
- fusil de chasse ayant appartenu à son frère Jacques de Brazza, mort des suites de son exploration de la Bénoué
- machine à écrire (3e exploration)
- six cantines
- sa table
- ses deux chaises
- les nattes indigènes qui lui servaient de tapis de tente
- les hamacs (Tippoï) pour son transport quand il avait la fièvre.
Les tam-tams, les sagaies, les boucliers, le tabouret sculpté, la caisse résonnante pour faire des signaux dans la forêt ou le long des rivières, étaient des présents qui lui avaient été faits.
La panthère avait été tuée par lui, lors de sa deuxième exploration.
Au rez-de-chaussée
Antichambre
La panoplie est un don des héritiers de l'explorateur Dyboski, collaborateur de Brazza (4e séjour au Congo).
Salon
Il avait été laissé en l'état où Brazza l'a connu. La diversité des objets qui y étaient exposés, s'explique par le fait que l'explorateur avait hérité de plusieurs membres de sa famille italienne, tandis que sa femme, petite-fille de M. de Corcelle, sénateur, ambassadeur à Rome, et arrière-petite-fille de Lafayette, possédait des souvenirs de ses parents. On y remarquait :
- des chaises et fauteuils Louis XV
- un canapé, des chaises et des fauteuils vénitiens du XVIIIe siècle
- deux consoles et une armoire vénitiennes
- deux encoignures vieux Chine, surmontées de vases vieux Chine
- une table à écrire surmontée d'une statuette de la Victoire ailée (provenance de Pompeï) et d'une écritoire (cette table était le bureau de Brazza)
- une vitrine renfermant un service de Sèvres (don des Rothschild à M. de Corcelle, après la négociation de l'emprunt de 5 milliards pour la libération du territoire) et de nombreux bibelots
- une table surmontée d'une coupe d'albâtre (don du pape Pie IX à M. de Corcelle)
- un grand portrait de Brazza, par Monchablon (don de sa famille italienne)
- une grande toile représentant Brazza sur sa chaise coloniale, lors de sa deuxième exploration (peinture de Jean Coraboeuf)
- une toile de l'école de Bellini
- un saint Sébastien (de l'école du Corrège)
- deux paysages romains, à la manière de Pannini
- un portrait de la comtesse de Brazza, peint par sa mère
- deux paysages du Frioul
- deux sépias, portraits de Mme de Lafayette, femme du général, et de sa tante, auteur de La Princesse de Clèves
- une miniature représentant Lafayette et ses enfants, exécutée par Suzanne de Chambrun, nièce de Brazza
- deux panneaux de velours portant les médailles en bronze doré de tous les membres du Congrès de Vienne (sur la cheminée)
- de nombreux bibelots : la plupart étaient romains.
Alcôve
- un buste de Brazza, de Ch. Cordier
- deux plâtres sculptés par Ascanio de Brazza, père de l'explorateur
- deux tableaux représentant, l'un Ascanio de Brazza, peint par son maître Voigt, l'autre, l'artiste lui-même, peint par Ascanio de Brazza
- une gouache qui représentait Brazza donnant une leçon de géographie à sa sœur aînée, la comtesse Papafava
- deux crayons, représentant Mme de Corcelle et Mme de Chambrun, grand-mère et mère de la comtesse de Brazza.
Parmi les nombreuses photographies de famille, on remarquait celle d'Antonio de Brazza, grand-maître de l'ordre de Malte, frère du Conquérant pacifique.
Ancienne salle à manger
- grande toile représentant Brazza en tenue de haut-commissaire
- portrait de Brazza, peint par son neveu Jean-Pierre de Chambrun (copie d'un tableau exécuté par la marquise de Chambrun, belle-sœur de l'explorateur)
- diplôme de doctorat de l'université de Padoue, décerné à Francesco de Brazza, grand-père de l'explorateur*
- gravure du général de Lafayette, arrière-grand-père de la comtesse de Brazza
- photographie représentant Brazza au milieu de nombreux indigènes (deuxième exploration)
- nombreuses gravures données à M. de Corcelle par le pape Pie IX
- arbre généalogique de l'Ancien testament
- des vitrines renfermant décorations et médailles ayant appartenu à Brazza, dont la médaille d'or de la Société de géographie de Paris ; les deux atlas dont s'est servi Brazza dans sa jeunesse (on remarquera celui de Ptolémée, l'acte de naissance de Brazza, sa demande de naturalisation, son propre relevé de la région de l'Ogooué, des carnets de route, son dernier rapport, etc.
- vitrine contenant l'uniforme de haut-commissaire de Brazza
- quatre volumes où étaient réunies toutes les coupures de journaux concernant Brazza, collection faite par son fidèle secrétaire E. Blum (ces volumes sont sur la table de la salle à manger).
Premier étage
Le premier étage constituait un musée d'Afrique noire, où étaient réunis des œuvres d'art nègre ainsi que des tableaux et souvenirs de l'Afrique centrale.
Parmi ses œuvres exposées se signalaient tout particulièrement :
- buste de Sénégalais, de François Caujan
- deux œuvres peintes au Sénégal par Maurice Loutreuil (1885-1925), artiste qui a joué un rôle important dans l'évolution de la peinture française du XXe siècle : un portrait de négresse et un marché au Sénégal
- figure de nègre, d'André Lhote
- Le Nègre au lion, de Jean Launois
- Un coin de marché en Guinée, de Jacques Majorelle
- Un paysage du Tchad, de René-Jean Clot
- deux jeunes femmes noires et une Maternité, de Sabine René-Jean.
Ces diverses œuvres avaient été mises en dépôt par le Musée national des Beaux-Arts d'Alger.
Quant aux œuvres d'art nègre, en voici les plus importantes :
- Gazelle du Soudan, haut de masque bambara
- Statuette en bois du Congo belge
- Statuette en bronze - Bénin - Nigeria britannique
- Masque de danse, Ogooué - Congo français
- Masque d'applique en bronze, du Bénin (Nigeria britannique)
- Statuette du Dahomey, exécutée chez les Yorubas
- Bas-relief d'ivoire (fragment d'une de ces défenses qui surmontaient les grandes têtes de bronze placées sur les autels de la ville de Bénin)
- Statue Baoulé - Côte-d’Ivoire
- Statuette Bakota - Gabon
- Masque funéraire Bakota - Gabon
- Masque M'Pongwé - Gabon
- Masque Baoulé - Côte-d’Ivoire
- Masque-peigne Bambara - Soudan
- Masque Dan - Côte-d’Ivoire
- Trône Yoruba - Côte-d’Ivoire, Dahomey
- Statuette Pahouine - Gabon
- Tête funéraire Pahouine - Gabon
- Têtes Kuyu - A.E.F.
- Masque Bapendé - Congo Belge
- Statuettes Baoulé - Côte-d’Ivoire
- Bracelet en bronze - Côte-d’Ivoire, Bénin
- Bracelet de pied en bronze - Région de Danané, Côte-d’Ivoire. n
M. D.-L.
Remerciements
L’auteur remercie très vivement Renée Lignez pour ses recherches dans les diverses archives parisiennes, Arlette Leruste pour celles du CAOM, Guillaume Audouin, Jacques Caizergues, Anne-Marie Dureuil et Jean-Marc Valentin pour leur aide, ainsi que John Franklin qui a mis à sa disposition ses documents personnels et toutes les ressources du C.D.H.A.
Sources
Crisenoy, Maria (de), Le Héros du Congo, Pierre Savorgnan de Brazza (1938)
Maran, René, Brazza et la fondation de l’A.E.F.
Chambrun(général), Savorgnan de Brazza
Sich, Marc, Pierre Savorgnan de Brazza (édit. Ushuaïa)
Catalogue édité lors du centenaire de sa naissance, en janvier 1952.
Opuscule édité lors de l’inauguration du musée, en 1952
CARAN, CAOM, SHAN Vincennes, Archives communales de Paris et de Marvejols (Lozère)
Dictionnaire Larousse du XIXe siècle