Généalogie Algérie Maroc Tunisie – Juin 2008 – N° 102
Economie
L’industrie du tabac en Oranie
par Madiana Delaye – Lastrajoli
C’est vers 1560, lorsque Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal, envoya à la reine Catherine de Médicis du tabac pulvérisé pour calmer ses maux de tête que l'usage du « pétun » - comme on l'appelait alors - se répandit en Europe.
Le tabac fut d'abord considéré comme un remède et jouit à ce titre d'une faveur extrême, si l'on en juge par les dénominations qu'on lui donnait : herbe à tous les maux, panacée antarctique, herbe sainte...
« Il est des tabacs de tous genres et de tous parfums ; ceux d'Algérie, par exemple, vont du tabac le plus fort au tabac le plus blond et le plus doux du monde. Cette contrée offre un tabac noir préféré des gros fumeurs comme elle offre de même un tabac léger, fin comme des cheveux de fillette blonde, qui sent la rose et a une saveur d'une douceur exquise.
Pour ces produits, la brune Espagnole, qui d'une main nerveuse roule sa cigarette sur le genou, abandonnera son geste quasi rituel ; la Parisienne qui façonne avec tant de plaisir sa « sibiche » avec le « trèfle » des faubourgs, préfèrera celui qui orne les paquets rouges depuis si longtemps connus ; et même la blonde Anglaise semblant descendre d'une toile de Gainsborough, délaissera sans remords ses tabacs opiacés qui alourdissent le cerveau » (cf. Livre d’or de l’Oranie).
Juan Bastos
En Algérie, plusieurs grandes entreprises se partageaient le marché.
La Manufacture de tabacs, cigares et cigarettes Juan Bastos, d'Oran (société anonyme au capital de 11 500 000 F, fournisseur des régies française, espagnole, tunisienne, marocaine) qui livre, sous sa marque, les meilleurs tabacs, les plus fines cigarettes, les plus savoureux cigares.
Fondée en 1838, cette importante maison a obtenu les plus hautes récompenses
dans toutes les expositions universelles de l'ancien et du nouveau monde. Sa
fabrication, d'une qualité parfaite, comprend tous les genres de cigarettes (Maryland,
Extra-fines, Caïd, Golden Bell, Française, Douces,
Pectorales, Liégeoises, Storks, Orientales, Delta,
etc.) et de cigares (El Sueño, Favoritos, Aguila del Mundo,
Nuevo Siglo, Regalia J. Bastos, Probador,
Vayas, Idéal, Conservas, Coronas, Diana, Ondinas,
Belges, etc.) ainsi que les tabacs les plus réputés (Supérieur, Maryland,
Français, Universel, Grec de Volo, Virginie très fort,
Palatin doux, Chebli, etc.).
Présentés sous toutes les formes possibles : paquets ordinaires, étuis élégants, boîtes cartonnées légères et de présentation impeccable, les cigarettes de la grande firme Bastos ont toujours ce parfum spécial et cet arôme particulier qui les distinguent entre toutes.
Sa renommée universelle, on peut le dire, prouve indiscutablement la valeur en même temps que la finesse des produits.
Gustave Jobert
Cette société était, elle, installée à Mostaganem. En 1877, M. Jobert quitta le modeste emploi qu'il occupait à la mairie, pour tenir un petit bureau de tabac.
Quelque temps après, il envisagea d'exploiter lui-même ces produits et décida d'ouvrir une usine de traitement où il s'ingénia à créer des mélanges de son cru.
Le
succès vint rapidement car dès 1907, le gouvernement français le récompensait
de son travail en lui conférant la croix de la Légion d'honneur au titre du
ministère du commerce.....
(Suite à lire dans notre revue)